• Le baron des Adrets : naissance de la notion de massacre

    Date repère : le 2 août 1562 en pleines guerres de religion le palais pontifical de Sorgues, défendu par une garnison italienne sous les ordres de Fabrice Serbelloni, a été brûlé par le Baron des Adrets.

     Depuis mon enfance j'entends parler du « terrible »  Baron des Adrets, partout dans la Drôme et dans le Vaucluse - il n'a pas sévi que dans ces deux départements et on se souvient de lui ailleurs (1). Quatre siècles après la fin des guerres de religion ce capitaine de guerre était toujours dans les mémoires des anciens comme le symbole même de la barbarie guerrière. Enfant, je ne comprenais pas pourquoi on m'en parlait comme d'une brute sanguinaire autant du côté catholique que du côté protestant. Et pour cause : il s'était converti à la religion réformée, suite à une altercation avec le duc de Guise, il guerroie pour les protestants dès 1562 et jusqu'en 1564 date à laquelle il retourne à la religion catholique et pourfend du huguenot avec la même ferveur qu'il avait combattu les catholiques.

    Le baron des Adrets : naissance de la notion de massacre

     François de Beaumont, baron des Adrets (né en 1512 ou 1513 - mort en 1587) - Wikipedia

    Mais nous le savons les guerres de religion furent terribles et massacrantes, rien de surprenant à ce qu'elles aient marqué les esprits : chaque village s'est entredéchiré ou a subi l'assaut de voisins. En Provence, elles débutent par les  persécutions contre les Vaudois réfugiés dans le Luberon. En 1545, l'ordre donné de détruire le village de Mérindol est mené à bien sous la direction du baron d'Oppède. Les villages vaudois sont pillés, les hommes massacrés ou envoyés aux galères, les femmes violées et tuées. Biens confisqués, pillages, villages à feu et à sang... Les derniers Vaudois rejoindront la religion protestante. Il semble que le terme même de massacre soit apparu pour la première fois dans son acceptation actuelle, pour décrire les violence faites aux Vaudois et précisément aux villages de Mérindol et de Cabrières. (2) Voir article ICI

    En 1560, les protestants de Provence se révoltent. La ville d'Orange est prise par le capitaine huguenot Périnet Parpaille. Le premier consul d'Aix fait massacrer la population protestante de Tourves. Des catholiques sont massacrés près de Barjols. Le Comte Sommerive, envoyé de la Royauté, reprend Orange et Parpaille est exécuté à Avignon en 1562.

    C'est l'année où François de Beaumont, Baron des Adrets prend le commandement des protestants de Provence et il est partout en cette année là. En Dauphiné où il assiège Valence en mars, Romans, Grenoble, Vienne. Voulant assiéger Lyon, il tente de l'affamer en coupant la route du Forez et il occupe alors Montbrison,  au mois de juillet, où il organise une petite "saulterie", c'est le terme de l'époque : il fait sauter la garnison du haut des remparts sur des piques.  À la suite de cette exaction, Calvin le fait remplacer à Lyon par Soubise.

     

    Le baron des Adrets : naissance de la notion de massacre

    le siège de Montbrison sur http://forezhistoire.free.fr (3)

    En Provence  il est peu de villages qui n'aient souffert de sa manière de mener la guerre : après avoir chassé les protestants de Malaucène, et une fois converti à cette foi, il conquiert Montélimar puis Pierrelate et son lieutenant, le sieur de Montbrun, Mornas, où il renouvelle la "saulterie", connue sous le nom de  "Sauto Barri", en obligeant les prisonniers à sauter du haut de la forteresse. Dans le Comtat pour mater le soulèvement dirigé par le Comte de Suze, après Valréas et Sarrians, il met le siège devant Carpentras qui résiste bien que la ville soit privée d'eau. Le baron devra même se replier poursuivi par les habitants de Carpentras aidés de ceux de Mazan, Mormoiron, Villes sur Ozon, Bédoin, Crillon, Caromb, Beaumes de Venise, qui souhaitaient se venger des pillages.(3)

    Le 2 août 1562 il assiège et fait brûler le Palais des Papes de Sorgues, ou Palais de Jean XII qui le fit construire au XIVe siècle, ou bien encore Palais de Pont de Sorgues, nom de la ville alors. Première résidence pontificale, elle servit de modèle à plusieurs livrées cardinalices. On peut dire que le Baron des Adrets a ici atteint son objectif car cette ancienne demeure fastueuse tombera dans l'oubli, y compris des historiens. Elle finit d'être démembrée à la Révolution, après avoir été vendue, et il n'en reste aujourd'hui que peu de vestiges.

     

    Le baron des Adrets : naissance de la notion de massacre

    illustrations : Wikipedia

    "Les calvinistes, conduits par le baron des Adrets et par Montbrun, prennent Mornas et y font un massacre. Ravages qu’ils font à Piolenc, Caderousse, Château-Neuf, Bedarrides, Courtaison, et en divers autres lieux. Bataille de Valreas dans laquelle ils sont battus... Etat de Carpentras, les huguenots assiègent cette ville et ne peuvent la prendre. Ils y viennent une seconde fois et y échouent encore. Ils s’emparent de Roque-Maure, de Saint-Laurent et de Sorgues. Choc sous Avignon. Saccagement de Vedenes, Saint-Saturnin, Château-Neuf-de-Gadagne. du Thor, Caumont, Cavaillon, Maubec, Robion, Goult, etc - Guerres du Comté Venaissin 1859 Père Justin (4)

    Le Baron des Adrets rejoint à Vienne le duc de Nemours qui offre au baron des Adrets le titre de gouverneur du Dauphiné.  Mais en décembre Condé le démet de son poste. Le 10 janvier 1563, il est arrêté par des officiers huguenots et emprisonné à la citadelle de Nîmes. Il est libéré par la signature de la paix d'Amboise, le mois de mars suivant. En 1564, redevenu Catholique , « il échoue devant Sancerre, place forte protestante. Il juge l'entreprise difficile et conseille à Claude de La Châtre, gouverneur du Berry, de se retirer. En 1567, il repart en guerre aux côtés de Gordes sous la bannière des catholiques. Deux ans plus tard il se remet en campagne, mais son infanterie est écrasée à Selongey. Enfin, dans le Trièves, il gagne sa dernière bataille contre Lesdiguières.

    Suspect aux yeux des huguenots comme des catholiques, il se retire en son Château de La Frette (en Isère), après la mort de ses deux fils. Il meurt, le 2 février 1587. dans son lit.

    Les détails de sa vie sont de moindre importance. C'est l'empreinte qu'il a laissée qui importe ; il fait partie de ces hommes qui ont changé les mentalités en Europe et pour longtemps.  Son nom est lié au sentiment de trop plein de violences, violences qui devenaient insupportables.

     

    Le baron des Adrets : naissance de la notion de massacre

    François Dubois : Le massacre de la Saint-Barthélemy - Wikipedia

    "Tel était le baron des Adrets, dont l’inhumanité fit tant de honte à l’amiral de Coligni, qu’il ne l’appela plus que le Lion déchaîné. Le prince de Condé, quoiqu’il combattit aussi pour la même cause, eut tant d’horreur d’une conduite si barbare, qu’il l’en reprit sévèrement, le menaçant de son indignation". Père Justin (4)

    En 1572, après le massacre des protestants lors de la Saint Barthélémy et en Provence, celui des catholiques d'Orange, succédant à des années de guerres aggravées par les épidémies de peste et les mauvaises conditions météorologiques et leur cohorte de disettes, provoquent une prise de conscience de l'insupportable de ces tueries, tant auprès de la population que de penseurs comme Montaigne. Il s'était retiré dans ses terres à la suite du massacre de la Saint Barthélémy et il constate dans ses « Essais » la « cruauté » bien spécifique des guerres civiles et la barbarie des chefs de guerre comme le Baron des Adrets de sinistre mémoire.(2)

    Article repris depuis un article de 2008 du blog "Encrer le Monde" - complété et écrit le 2 août sur "Entre Toiles et Papiers, avant la création de ce blog.

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    (1) La prise de Montbrison -http://forezhistoire.free.fr/prise-de-montbrison.html

    (2) La naissance de la tolérance au XVIe siècle : l’ « invention » du massacre - David El Kenz
    Université de Bourgogne et UMR 5601
    www.sens-public.org/IMG/tolerance_et_massacre_Presov_rtf.rtf

     (3) Histoire de Caromb http://jean.gallian.free.fr/

     (4) Histoire des guerres excitées dans le comté Venaissin et dans les environs par les Calvinistes du XVIe siècle précédée d'une notice sur la vie et les éscrits du père Justin par C.-F.-H. Barjavel - le Père Justin (Jean  François  boudin) - Prédicateur, historien et érudit, professeur de théologie et Maître des novices au couvent des Capucins de Carpentras, né le 16 Octobre 1736 à Monteux où il est mort le 23 Août 1811. http://www.entrechaux.info/

     Compléments de documentation sur Wikipedia, notamment en ce qui concerne le Palais des Papes de Sorgues.

     


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