• L'Ascia témoin de l'évolution des traditions funéraires gallo-romaines

    L'ascia est un petit instrument, semblable à une herminette, qui figure sur plusieurs monuments funéraires gallo-romain conservés au musée de Valence. 

     

    L'Ascia témoin de l'évolution des traditions funéraires gallo-romaines

     

    Cet instrument, utilisé pour le travail du bois, de la pierre ou pour creuser la terre, apparait ainsi sur des stèles funéraires à Lyon puis dans toute la vallée du Rhône, autour du IIIe siècle de notre ère. 

    Elle est parfois associée à la dédicace « Diis Manibus » désignant les dieux « mânes », les âmes des ancêtres, dans la formule « sub ascia dedicavit » (1)

    La représentation de l'ascia est limitée dans l'espace, mais aussi dans le temps, elle apparaît lorsque l'inhumation remplace la crémation et disparaît peu à peu lorsque le symbole chrétien de la croix s'impose dans les traditions funéraires.

    Les archéologues et les historiens sont partagés sur sa signification, faut-il y voir une symbolique, comme la protection de la sépulture ?

    Paul-Louis Couchoud et Amable Audin dans un article de la Revue de l'histoire de Religions (2) avancent l'hypothèse que l'ascia, outil du fossoyeur, pourrait figurer en tant que "garantie" de l'éternel repos de l’inhumé.

    Ce rite aurait été introduit par les légionnaires de Dalmatie, d'origine hellénique, et les aurait suivis en Mésie, en Rhénanie, pour trouver à Lyon et la vallée du Rhône son "complet développement". Les esclaves et les affranchis ne pouvaient prétendre à un mausolée et c'est une simple stèle qui marquait la tombe.  Peu à peu elle fait place à de petits autels, en forme de temple dédié aux Manes du mort.

    Ces deux auteurs penchent donc pour une symbolique bien précise liée à des rites funéraires que les légions romaines ont rapporté de l'Europe centrale pour l'installer en Gaule; et qui caractérisent l'inhumation qui succède dans les premiers siècles de notre ère à la crémation.

     L'Ascia témoin de l'évolution des traditions funéraires gallo-romaines

    ascia conservé au  Tropenmuseum, part of the National Museum of World Cultures

    "L'ascia est une hachette au fer courbe qu'un manche de bois plutôt court sépare du marteau opposé à son tranchant" (3)

     

    Si l'on en croit Jérôme Carcopino (3) l'ascia serait un symbole religieux à la fois grec, romain et même chrétien. Païen au départ, il est accompagné d'inscriptions qui célèbrent le défunt pour ses qualités, droiture, bonté, douceur, chasteté. Il y voit un lien vers la mystique pythagoricienne et même vers la première génération stoïcienne. 

    Le symbole aurait été adopté par les chrétiens dans les catacombes, en réponse à la répression, pour représenter la croix du Christ sans attirer l'attention. Cela expliquerait la disparition progressive de l'ascia au profit de la croix elle-même.

     

    Dans une publication plus ancienne (4) l'auteur cite d'autres interprétations, ainsi:

    « Selon M.Lebeuf, ascia signifie un instrument de maçon que l'on mettoit entre les mains de tel, ou de telle, qui de cet instrument devoit frapper quelques coups sur le cercueil, pour marquer qu'ils agréoient l'emplacement de la sépulture »

    Selon l'abbé des Fontaines " il s'agirait d'un terme d'origine grecque, axia, signifiant en latin umbra et par extention d'un ϛ, manes. Par extension donc le terme, dans les citations, désignerait un lieu sans ombres, où le défunt ne verra point la nuit, où il ne comptera plus les heures." Où il jouira donc d'un repos éternel.

     

    Et l'on en revient à ce qu'évoque l'article cité plus haut - "Requiem aeternam... L'ascia, instrument et symbole de l'inhumation" - l'ascia serait le symbole des légionnaires venant de Dalamatie qui se sont fait inhumer dans des tombes creusées dans la terre, et qui ne pouvaient prétendre à un mausolée. La dédicace peut tout autant louer leurs vertus que leur assurer un repos éternel.

    Et oui l'interprétation des signes ou des rites dans le domaine religieux est toujours délicate, comme le souligne Jean Hadot. (3)

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    (1) Extrait de la fiche explicative du musée de Valence

    (2) Requiem aeternam... L'ascia, instrument et symbole de l'inhumation

    Paul-Louis Couchoud et Amable Audin

    Revue de l'histoire des religions Année 1952 142-1 pp. 36-66

    http://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1952_num_142_1_5884

    (3) Carcopino (Jérôme) Le mystère d'un symbole chrétien: l'"ascia"

    Hadot Jean - Archives de Sciences Sociales des Religions  Année 1956  2  p. 143

    https://www.persee.fr/doc/assr_0003-9659_1956_num_2_1_1306_t1_0143_0000_2?fbclid=IwAR3Sz-Ky9qttr47Ngqb809AwmcBcO0G31ksLysRRBgu3rh-jLY93cD_EneA

    (4) REMARQUES SUR LA FORMULE SUB ASCIA

    M. Vrin-Lucas and Fr. L - Revue Archéologique - 14e Année, No. 2 (OCTOBRE 1857 A MARS 1858), pp. 691-693 (3 pages) Presses Universitaires de France

    https://www.jstor.org/stable/41742495?seq=2&fbclid=IwAR2S-Uexl8uOPsj8NgZcEvDOXwY0U_SRdsjvgdUDOzUVi8TQCHshLqFsyhg#metadata_info_tab_contents

     


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