• La Tarasque

    Je présente sur mon blog "Avignon États et lieux" une tarasque sculptée sur un mur d'Avignon, ICI

    La Tarasque

    " Si ce relief est très érodé, on voit tout de même bien le bonhomme dans la gueule de la bête, et l'allure générale de celle-ci. La tarasque est généralement représentée comme ceci :

    La Tarasque

    proposition de  l'association Artesens, dans sa reconstitution du bestiaire fabuleux du Moyen-Age. Bestiaire à découvrir du bout des doigts comme si l'on était non voyant."

    Je parle ici de la tarasque de la légende de Sainte Marthe. Ce n'est pas le Drac de Beaucaire, monstre des eaux pouvant prendre l'apparence humaine ; ou la Couloubre de Fontaine de Vaucluse, vaincue par Saint Véran(voir l'article ICI). Elle a encore moins à voir avec la Tarasque de Noves du musée lapidaire qui est plus apparentée aux lions qu'aux dragons, et s'inscrit dans les rites funéraires du passage et du culte des ancêtres (ce n'est pas du tout une ancienne représentation de la bête faramine qui nous occupe ici). Voir l'article qui lui est consacré ICI"

    Tarasque – du provençal Tarasca – sans doute du grec tarasco, épouvanter. Animal fabuleux de légende, sorte de dragon. 

    La légende :

    Elle est rapportée par Jacques de Voragine au XIIIème siècle, dans le livre II de sa " légende dorée" (1) la vie de Sainte Marthe

    «Il y avait, à cette époque;- sur les rives du Rhône, dans un bois entre Arles et Avignon, un dragon, moitié animal, moitié poisson, plus épais qu'un bœuf, plus long qu'un cheval, avec des dents semblables à des épées et grosses comme des cornes, qui était armé de chaque côté de deux boucliers; il se cachait dans le fleuve d'où il ôtait la vie à tous les passants et submergeait les navires. Or, il était venu par mer de la Galatic d'Asie, avait été engendré par Léviathan, serpent très féroce qui' vit dans. l’eau, et d'un animal nommé Onachum, qui naît dans la Galatie : contre ceux qui le poursuivent, il jette, à la distance d'un arpent, sa fiente comme un dard et tout ce qu'il touche, il le brille comme si c'était du feu. A la prière des peuples, Marthe alla dans le bois et l’y trouva mangeant un homme. Elle jeta sur lui de l’eau bénite et lui montra une croix. A l’instant le monstre dompté resta tranquille comme un agneau. Sainte Marthe le lia avec sa ceinture et incontinent il fut tué par le peuple à coups de lames et de pierres. Or, les habitants du pays appelaient ce dragon Tarasque et en souvenir de cet évènement ce lieu s'appelle encore Tarascon,au lieu de Nerluc, qui signifie lieu noir, parce qu'il se trouvait là des bois sombres et couverts. »

    La Tarasque

    tarasque du Muséon Arlaten – Arles- effigie promenée lors des fêtes de Tarascon - collectée par Frédéric Mistral

    Frédric Mistral qui  dans Mirèio, Cant XI - Li santo – Les Saintes- (2) la décrit ainsi :

     

    La bèstio a la co d'un coulobre,                               La bête a la queue d'un dragon,
    A d'iue mai rouge qu'un cinobre ;                          Des yeux plus rouge que cinabre ;
    Sus l'esquino a d'escaumo e d'àsti que fan pòu !   Sur le dos des écailles et des dards qui font peur !
    D'un gros lioun porto lou mourre                         D'un grand lion elle porte le mufle :
    E sièis pèd d'ome pèr mies courre ;                       Elle a six pieds humains, pour mieux courir ;
    Dins sa caforno, soulo un mourre                        Dans sa caverne, sous un roc
    Que domino lou Rose, emporto ço que pò.          Qui domine le Rhône, elle emporte ce qu'elle peut.

     

    Le monstre dévoreur, tel qu'il est représenté ici, moitié animal, moitié poisson (Jacques de Voragine) à mufle de lion et recouvert d'écailles 'Frédéric Mistral), se cachait dans une caverne sur les bords du Rhône entre Avignon et Arles. Marthe, venue en barque avec son frère Lazare, Marie Madeleine et d'autres compagnons de Palestine jusqu'au Saintes Maries de la Mer ; commença à évangéliser les peuples en remontant le Rhône. Le bruit de ses miracles vint aux oreilles des hommes terrorisés par la Tarasque, qui vinrent la supplier de les en délivrer. Elle marche alors vers la bête faramine, lui enjoint au nom du Christ de se soumettre, dénoue sa ceinture qu'elle passe au cou de la Tarasque et la conduit jusqu'à la ville voisine qui reçut le nom de Tarascon.

    La légende de Sainte Marthe telle qu'elle est rapportée personnifie l'action mystique et dompte la Tarasque par le Verbe. Mais les peuples libérés, eux, ont mis ensuite la bête en pièces.

    La signification du mythe :

    Dragon (3) - « drakôn », mot dérivé du verbe grec « derkomai » signifiant « regarder fixement ») fréquemment lié aux rivières et à leurs débordements, la tarasque créature hybride, a dont été vaincue par Sainte Marthe, par la douceur et la foi et non par la violence. Dans les légendes celtes, reprises par les chrétiens, ce sont des guerriers (Siegfried- Saint Georges – Saint Michel) qui luttent contre la bête par l'épée, le héros rétablit l'équilibre, venge la victime. C'est la victoire du bien sur le mal. Dans la légende provençale, c'est l'amour, et donc la force du spirituel qui vainc le monstre et la lumière triomphe des ténèbres. Symbolique du passage du paganisme au christianisme, mais aussi de celui de la société rurale à l'urbanisation. De nombreuses villes en France ont ainsi comme « patron » un saint saurochtone. (tueur de dragons).

    D'autres mythes se mêlent, venus d'orient et de Grèce, Héraklès de retour d'Espagne après avoir vaincu  le tyran Taurisque, combattit en Gaule un animal semblable (légende plus en rapport avec l'autre Tarascon, celui d'Ariège ?). Thésée et le géant Scyron (4). On le sait, la bête dévoreuse connue sous le nom de « tarasque de Noves »s'apparente aux lions méditerranéens et aux rites funéraires du « passage ». Ces lions que l'on retrouve à Arles, Arles où la Tarasque est représentée sur le portail de l'église Saint Trophisme.

    Lire aussi  :

    (1)  La Légende dorée de Jacques de Voragine est consultable sur le site http://livres-mystiques.com/

    (2) Mirèio Frédéric Mistral - Edition bilingue – Librairie Alphonse Lemerre et Cie -Paris 1944
    (3) "Dragons et Dracs dans l 'imaginaire provençal" Dominique Amann - Hémisud 2006 
    les habitants du Languedoc ont d'autres raisons de relier ce mot aux « dragonnades » et aux méfaits des dragons de Louis XIV, mais ceci est une autre histoire...
    (4) Note sur la TARASQUE par Robert DUMONT
    mercredi 8 septembre 2004 http://cerbi.ldi5.com/IMG/_article_PDF/article_139.pdf
    (5) À lire l'article de Nadine sur son site « Trans en Provence »
    http://www.transenprovence.org/article-19539146.html
     

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