• Strophes pour se souvenir - l'Affiche rouge

    Le 21 février 1944 les 23 membres du groupe Manouchian appartenant aux FTP-MOI, sont fusillés au fort du Mont-Valérien.

    la plaque commémorative apposée à Valence au cœur du quartier arménien en hommage à  Missak Manouchian, chef de ce groupe et qui était un intellectuel et un poète et à ceux qui sont morts pour la France ce jour là à ses côtés.

    Ils ont été immortalisés par le poème d'Aragon, "Strophes pour se souvenir", connu sous le titre "l'Affiche rouge", après qu'il ait été mis en musique par Léo Ferré en 1959. A écouter par exemple ICI

    L'affiche rouge c'était cela :

    sur le site du PCF

    "Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
    Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
    L'affiche qui semblait une tache de sang
    Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
    Y cherchait un effet de peur sur les passants"

    Le poème est explicite, l'occupant allemand jouait sur le fait que ce commando était constitué "d'étrangers", communistes de surcroit,  les présente comme des criminels pour annoncer leur mort,  et semer la peur.  Mais, ajoute le poète,

    "Nul ne semblait vous voir français de préférence
    Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
    Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
    Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
    Et les mornes matins en étaient différents"

    La suite est l'hommage lui-même d'un poète à un autre poète et Aragon cite Manouchian, à partir d'une lettre qu'il écrivit pour sa femme, Mélinée, juste avant d'être fusillé.

    "Tout avait la couleur uniforme du givre
    À la fin février pour vos derniers moments
    Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
    Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
    Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

    Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
    Adieu la vie adieu la lumière et le vent
    Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
    Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
    Quand tout sera fini plus tard en Erivan

    Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
    Que la nature est belle et que le cœur me fend
    La justice viendra sur nos pas triomphants
    Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
    Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

    Et là Aragon, dans la dernière strophe, répond à la première :

    "Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes
    Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
    Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
    Vous vous étiez servi simplement de vos armes
    La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

    .../...
    Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
    Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
    Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
    Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
    Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant."

     

     Cette citation, dans le désordre du poème d'Aragon, modifié pour les besoins de la chanson, en reprend le sens, l'essence, ce que la poésie peut apporter à l'histoire, en fixant à jamais le souvenir.  

    En 2009,  Robert Guédiguian a consacré un film au groupe Manouchian, "L'Armée du crime", titre qui reprend celui de l'affiche rouge.

     


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