• De la parure II : le costume traditionnel - exemples dans le Comtat et en Provence

    Le costume traditionnel ne l'est pas tant que cela. Un ouvrage, au titre explicite"Des habits et nous,vêtir nos identités", nous donne des pistes pour comprendre comment il s'est mis en place progressivement après la Révolution avant de connaitre son apogée à la fin du XIXème et au début du XXème siècle, avant de se figer en "costumes folkloriques" :

    De la parure II : le costume traditionnel en France

    Sous l'Ancien Régime chacun devait s'habiller selon son rang dans la société, et pour les plus pauvres selon ses moyens. Les élites sont les premières à s'affranchir des codes et les habits de cour disparaissent (pour être rétablis par Napoléon).  Les représentants du tiers État aux États Généraux de 1789 sont tous vêtus de noir pour se distinguer des autres groupes par leur simplicité.

     Très vite l'inégalité des conditions et les moyens financiers vont faire que le costume sera différent selon les milieux sociaux, mais aussi selon les jours de la semaine, l'habit neuf ou plus «élégant » étant réservé au dimanche ou à la foire. De nouveaux codes se mettent en place, propres à chaque région (que seuls les habitants de la région vont pouvoir décrypter) et différents selon les âges (enfance, âge adulte, vieillesse), la condition matrimoniale (la femme mariée porte une coiffe spécifique) et selon la fonction (l'habit religieux perdure, et les uniformes de métiers se mettent en place notamment dans les villes).

    De la parure II : le costume traditionnel en France

    Reconstitution d'un atelier de couturière de la fin du XVIIIe siècle - Museon Arlaten

      En Provence, plus que dans d'autres régions, le costume traditionnel, alors qu'il est encore celui du quotidien, va correspondre au métier et à la situation sociale (costume du « bastidan et de la bastidane » classe moyenne aisée, des artisans, des paysans, du berger).

     

    De la parure II : le costume traditionnel en France

    Cueillette des olives - source Wikipedia

     

    Le costume traditionnel va disparaître peu à peu avec l'adoption de tenues de travail adaptées à des métiers (boucher, cuisinier, facteur...) et par l'usage de la blouse (la blouse connaît cependant des variantes régionales) ; puis plus tard du bleu de travail. Les tenues ainsi sont l'identité d'une classe sociale plus que d'une région. Une autre histoire du costume est en marche, celle de l'identification au groupe (garçonnes, zazous, punks, rockers), à l'activité (le costume de travail, la tenue de sortie, celle adaptée au loisir...). L'arrivée du jean 's va uniformiser le vêtement sur une échelle mondiale. 

     Le costume traditionnel va se figer, au début du XXème siècle et se codifier peu à peu pour en arriver au costume « folklorique » plus ou moins interprété. Ainsi le costume de l'Arlésienne va être fixé de manière rigide par Léo Lellée dans ses peintures, et il n'évoluera plus. (Petit rappel Léo Lellée , né en Mayenne, n'était Arlésien que d'adoption ).

     

    De la parure II : le costume traditionnel  - exemples dans le Comtat et en Provence

     Musée des Arts et Traditions Populaires

     Si à Arles, le costume retenu est celui d'une classe aisée dans ses habits de fête, comme l'atteste cette carte postale,  il en est tout autrement du costume comtadin (du Comtat Venaissain) qui nous est parvenu avec ses variantes.

    De la parure II : le costume traditionnel  - exemples dans le Comtat et en Provence

    Costumes reconstitués  par le musée du costume comtadin de Pernes les Fontaines  qui permet de se faire une idée précise du costume tel qu'il était et donne  aussi à voir des pièces d'origine. Vous pouvez en voir aussi au musée Comtadin Duplessis de Carpentras.(*) 

     Sans  trop entrer dans le détail, le costume de la femme, dans la tradition large et pas seulement comtadine, se compose de : 

    • une jupe, simple pour la paysanne qui file elle-même la matière première (chanvre -lin- coton), en indienne  pour les fêtes et l'église le dimanche ; qui peut être piquée. Une  robe pour les "bastidanes". Une jupe de dessous, ou jupon et un pantalon. Des bas plus ou moins ouvragés
    • Une chemise de toile,
    • un corselet et un caracoun
    • un fichu retenu par des épingles ou la broche qui ferme aussi le corsage
    • un tablier uni ou à fleurs. On distingue le tablier de tous les jours de celui du dimanche.
    • Une coiffe en piqué, mousseline ou dentelle, qui laisse apparaître la nuque et dégage le bas du visage. Les attaches sont laissées libres (coiffe comtadine) ;
    • un chapeau de paille à larges bords en été.

     En plus de la broche, "la coulano", ruban de velours auquel on a ajouté une croix  ;  "lei pendant",  les fillettes avaient les oreilles percées dès 4ou 5 ans (c'était sensé être bénéfique à la santé) ; " le clavier", chaîne d'argent ou de fer à laquelle on suspendait les clés.

    Pour les hommes : 

    • le pantalon (breio) est en toile (fustane, coton épais) uni ou rayé, ou en velours cotelé pour l'artisan
    • la chemise (camiso) est souvent fermée par des petits cordons car les boutons sont chers, blanche ou bise
    • de grosses bretelles tiennent le pantalon
    • la taille est maintenue par une grande ceinture (taiolo) de trois mètres que l'on enroule sur plusieurs tours (rouge, grise, brune ou bleue)
    • selon le métier ou l'occasion, une veste de velours noir ou côtelé, une blouse pour le paysan
    • un gilet sans manche en velours, en soie à petits boutons, uni ou à fleurs ; avec une poche gousset pour la montre
    • des bas, des guêtres (pour les bergers en particulier qui devaient se protéger des épineux)
    • pas de cravate, mais un ruban (raiolo) ou un mouchoir pour les paysans au travail
    • un chapeau de feutre à bords plus larges que la moyenne, de paille en été.

    Il faudrait bien entendu nuancer d'avantage, mais je laisse la place aux spécialistes...

    De la parure II : le costume traditionnel  - exemples dans le Comtat et en Provence

    En clin d'œil pour finir : avec la Tarasque et "Tartarin" lors des fêtes de Tarascon

    Dans cet article, j'ai voulu considérer la manière de se vêtir comme un véritable art de vivre, plus une manière de se rattacher à une culture, ce qu'il a été.  Le costume traditionnel nous rattache à nos racines, mais la mode et ses diktats nous renvoie plus à la consommation qu'à un véritable moyen de nous identifier.

    N.B. Le mot « costume »  vient du théâtre italien (du latin consuetudo : habitude) et de la comedia d'ell arte en particulier. Le mot entre dans le langage courant au XIXème sicle pour désigner en même temps les vêtements traditionnels et l'apparition du « costume » fait d'un même tissu (la légende veut que ce soit le futur Edouard VII qui ait lancé cette mode).

    Sources pour cet article :

    • « des Habits et nous – vêtir nos identités » Sous la direction de Jean-Pierre Lethuilier, PUR 2007 -Exposition au Museon Arlaten - Arles - du 27 juin 2008 au 4 janvier 2009 - voir en haut de l'article   http://www.museonarlaten.fr
    • Le site web de l'Alliance française
    • Et bien entendu celui du conservatoire du costume comtadin.
    • Enfin le Musée des Arts et Traditions Populaires qui après plus de soixante-dix ans d'existence, il a fermé en 2005. Ses collections ont été transférées au Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée qui a ouvert le 7 juin 2013 à Marseille. http://www.mucem.org/fr/

    Certains blogs proposent des photos et cartes postales anciennes, mais faute de citer leurs sources, il est impossible d'utiliser et de citer leurs articles et documents.

     


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  • Commentaires

    1
    Mardi 12 Août 2014 à 08:51

    Commentaires publiés lors de la première parution de cet article sur mon autre blog :

     

    Michel  ˉˉ│∩│ˉˉ

     

    Bien intéressante synthèse. Merci !

     

     

     

    Triskèle

     

    Superbe article, mais je ne suis pas trop attirée par les costumes traditionnels  désolée.
    Bon dimanche, bises.

     

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